1997... Rapport "L'Internet :un vrai défi pour la France"

Suite à la lecture d’un vieil article du journal Le Monde de 1997, je retombe sur ce rapport du député Patrice MARTIN-LALANDE.

Voici aussi l’article du Monde, qui s’alarme sur le retard pris par la France vis à vis d’Internet:

J’ajoute ce lien vers un article de Slate en complément :

C’est intéressant - j’ai fini par 2 alka-seltzer vers la page 50 du rapport - J’y vois des points intéressants et quand même des grosses conneries.

  • Tout un tas de trucs clairvoyants sur le télétravail (alors qu’en 1997, c’était soit RNIS [hyper couteux] soit RTC en 33.6) qu’on a semblé découvrir en 2020
  • La volonté de promotion du libre et d’OpenData … Vue la position qu’a toujours kro$oft, le libre, c’est pas encore gagné
  • Cryptographie : 40 bits et déclaration préalable - j’avais oublié mais on part de loin !
  • Système de kiosque sur internet (proposition #100) - Bah oui, le kiosque (quand on n’en abusait pas) était quand même un bon moyen de rémunérer le service fourni (pas offert, hein) par le serveur. Je n’ai pas fouillé le doc jusqu’à y trouver le développement de cette proposition mais je reste convaincu que ce modèle n’était pas si mauvais et archaïque qu’on veut bien le dire, bien au contraire quand on pense à l’intégralité des surcoûts liés au modèle actuel
  • Réduction des dépenses publiques - Bin tiens, n’en voilà un bel argument qu’il est beau - on voit ou on en est arrivés, tiens, par ex : « Avant », 2 ou 3 heures (au pire) perdues à la préfecture pour repartir avec sa carte grise (et si on n’avait pas les bons documents, un humain expliquait la marche à suivre) - « Maintenant » 6 mois pour enfin finir par recevoir une CG, après moults échanges de documents, délais d’attente imprévisibles et un coût supplémentaire 15€ pour expédier le foutu document (rémunération du prestataire …), et aucun échange direct avec un humain - ca, c’est du progrès.

L’article du monde m’a plus saoulé.

Page 58: Minitel 1 bis… excellent !

A lire au calme, mais intéressant exercice (pour les moins jeunes) de faire un retour 25 ans en arrière.

Etonnant :

Proposition 101. Demander à France Telecom de remettre le mode 80 colonnes dans tous les cahiers des charges de ses terminaux Minitels.

Bah oui - pour faire de l’internet !

==> Il faudra donc que je reprenne la lecture. Ce qui « m’impressionne », c’est que le rédacteur est quand même plus au fait de la réalité qu’on ne pourrait s’y attendre pour un députy « normal ».

Je ne sais pas si la rédaction de ces rapports fonctionnait à l’époque comme aujourd’hui, et ne voudrait pas dénigrer la travail de ce député, mais les député(e)s qui les signent ne tiennent pas tant la plume que ça dans bien des cas. Il y a souvent un pilotage provenant d’une administration qui a besoin de faire pencher des « arbitrages » dans un sens.

Là, on sent une remise en cause de la politique tarifaire de France Télécom…
Qui pouvait manoeuvrer dans ce sens à l’époque ?
1996-1997 on est en plein dans la période de privatisation de FT avec les dérives managériales qui s’en sont suivies.

Sans aucun doute, il y a « des gens » qui fournissent toujours un travail préparatoire dans l’ombre des cadors, ca se saurait s’ils travaillaient, eux !

Plus sérieusement, je veux rester convaincu que la grande majorité des élus fait généralement un travail honnête - je ne connais pas le pédigrée du bonhomme (ce qui est bon signe !) - d’après Wikipédia, c’est clairement un notable de droite - vu les commissions dont il a été membre, il a l’air « bosseur » … par contre, les groupes d’études puent un peu (chasse, viticulture) !

Sur le sujet, Wikipedia précise : « Il est nommé en novembre 1996, par le Premier ministre Alain Juppé et le ministre des Télécommunications François Fillon [Arf - ce cher Fillon était caché là !] , « parlementaire en mission » ; il leur remet en avril 1997 le rapport L’internet, un vrai défi pour la France [archive] qui présente 134 propositions pour développer l’internet en France. Créateur en 1997 du Groupe d’études sur l’internet de l’Assemblée nationale, il copréside ce groupe depuis sa création jusqu’en 2017. » … Plus loin, Wiki dit " Il crée le premier « groupe d’étude sur l’internet » qu’il préside avec André Santini et Patrick Bloche." - Ouille aie aie, qu’est-ce qu’il fout là mon copain Santoche [Celui-là, je l’adore - t’as déjà lu Santini-Hebdo ? Une merveille !] ?

… 6 mois de boulot là dessus, c’est pas déconnant. Intéressant de voir qu’il est resté 20 ans à la présidence de ce groupe d’études… A cette époque là, on était déjà passés en mode TINA et les vues de gauchiasses n’étaient que des scories du passé.

… Compliqué avec les screen-phones, et on y arrivait … Il serait intéressant de savoir qui a fait sauter le 80 cols (et la péri-info) du cahier des charges, j’imagine que c’est plus à l’origine des constructeurs que de FT. Clairement, le mode télé-info était un truc du passé mais quid de la suppression de la péri-info ?

En mode TINA, une qui m’amuse beaucoup, la #86 : « Le consommateur est souvent freiné par le coût des produits multimédias; une baisse de la TVA permettrait d’alléger le coût global de façon significative pour le consommateur final. » … « L’application d’une telle proposition est rendue possible, même au niveau européen, en considérant que, comptablement du moins, la composante prédominante de ces produits réside dans leurs droits d’auteur et dans la valeur ajoutée des créations originales »

Proposition #100 : Particulièrement lourd mais absolument juste : "Le Minitel est un excellent outil grand public qui restera encore longtemps un terminal télématique très simple à utiliser. Cependant même s’il nous confère une avance dans les services actuellement disponibles et dans la pratique quotidienne par le grand public d’un vecteur télématique, force est de constater qu’il n’incite pas aujourd’hui dans notre pays au développement de l’Internet : les services qui tirent le multimédia aux États-Unis existent chez nous sur Minitel.

Proposition #111 - Incroyable (où comment un escroc peut faire légalement fortune) : Assouplir la législation sur le jeu afin d’autoriser les jeux promotionnels sur l’Internet même si les joueurs doivent supporter une participation financière.

Proposition #119 - On en est ou ? : La France devra élaborer des serveurs d’évaluation, compatibles PICS, dotant le public de systèmes de filtrage répondant aux conceptions des différentes familles de pensée.

Proposition #125 - Bravo le lobbying : Autoriser la publicité pour l’alcool sur l’Internet, accompagnée des informations préventives existantes sur les risques entraînés par les excès.

Proposition #132 - De la TVA sur China.com ? : … tout en évacuant le risque de délocalisation des activités en déterminant le régime de TVA applicable par le lieu physique de l’acheteur des biens et services. L’intermédiaire financier des transactions appliquera lui-même la taxe facturée au consommateur et sera chargé de la collecte et du reversement.

Proposition #134 - Bisounours, last but not least : Développer le paiement électronique sur l’Internet des factures émises par les services publics et répercuter sur les consommateurs les économies engendrées.

Plus loin « souvenir » - J’ai vu à cette époque là la première carte ADSL produite chez USR - ce n’était pas de l’électronique, c’était de l’art…

ADSL : Asymetrical Digital Subscriber Line. Technologie de transmission de données dont la vitesse est de 640kbps en émission et de 1,5 à 9Mbps en réception. Les caractéristiques physiques des lignes téléphoniques classiques permettent la transmission de signaux à des fréquences élevées d’environ 1MHz et donc l’utilisation du système ADSL ; en modifiant les équipements au niveau du central téléphonique et chez l’utilisateur, il est possible de faire de ces lignes des liaisons hauts débits. Les expérimentations en cours au CNET prouvent que l’ADSL sur ligne téléphonique permet d’atteindre, sur 3 km, des débits pouvant aller jusqu’à 8Mbit/s.

Une explication était le surcoût lié à l’alimentation importante que cette prise devait fournir pour les périphériques (ex: imprimantes).
La supprimer permettait de simplifier l’alim… et elle n’était quand pas tant utilisée que ça.

La proposition 125 sur la pub pour l’alcool c’est plutôt de compléter le code de la santé qui ne visait que certains type de publicités et devait donc être étendu pour aussi couvrir les services en ligne. Un problème inexistant avec le Minitel, quasiment exempt de pubs que personne n’aurait supporté vu que 1) on payait la communication 2) un affichage aurait été intrusif de part sa lenteur.

La 132… ça aurait réglé pas mal de problème qu’on constate aujourd’hui avec l’évasion fiscale que permet la vente de services en ligne depuis des paradis fiscaux, mais pour des services rendus/consommés dans l’hexagon.

L’ADSL en 1997 c’est bien du domaine de la R&D.

On était à l’époque du RNIS et déjà 64Kbps ou 128 c’était top… vu que les LS côté serveurs coûtaient un bras. La première LS 64K chez Oléane c’était pas donné !
Fin 1998 à l’arrêt de ma société on était à 256Kbps (j’ai encore le routeur Cisco).

Bof - pas certain. Réduction des coûts, certainement un peu mais probablement plus à des fins mercantiles. C’était standard depuis le début, on pouvait compter dessus. Devenue optionnelle (disparue des nouveaux appareils), les futurs périphériques devaient en conséquence prévoir leur propre alimentation et les anciens devenaient obsolètes.

#125 : La loi Evin est astucieuse : « tout ce qu’elle n’autorise pas explicitement est interdit » - Telle que rédigée, cette proposition n’est qu’une Nième tentative « d’assouplissement » … (cf lobbying pinardier et CV du bonhomme). Ce qu’il écrit : "Publicité pour les boissons alcoolisées L’article L 17 du code des débits de boissons définit les supports pouvant recevoir de la publicité pour l’alcool. Force est de constater que les services en ligne n’y figurent pas. Or des sites étrangers comportent et comporteront de la publicité pour les boissons alcooliques. Comme il convient de ne pas entraver l’exportation de nos vins et alcools par l’Internet, il est donc nécessaire d’autoriser une telle publicité sur les serveurs français.

Souvent, il me semble que l’état est atteint de cécité volontaire et je me demande toujours pour qui roulent certains crânes d’oeufs (avec une certaine rage d’ailleurs).

Oui … enfin, ca commence tout juste à sortir de la R&D pure. C’est bien ce qui m’a surpris de le voir paraître dans le lexique et preuve que ce document est très bien renseigné (l’annexe 2 est « riche » (*)).

(*) J’y vois la FDJ [cf proposition #111] … un troupeau d’avocats de tous poils [dont on se demande bien ce qu’ils foutent là], mais pas de pinardier oeuvrant à visage découvert.

Merci Christian pour ce rapport.

Remarque préalable : j’ai été surpris de ne pas y voir de date de rédaction ou de publication. En regardant sur le site Vie publique il est identifié comme datant du 1er janvier 1998. https://www.vie-publique.fr/rapport/25941-linternet-un-vrai-defi-pour-la-france-rapport-au-premier-ministre
Je trouve que le rapport est intéressant si on se replace dans le contexte de l’époque où Internet était peu connu en France en dehors de nos cercles de geeks (je me souviens vers 1996 de la perplexité que suscitait parfois mon adresse email sur ma carte de visite). Dans les pages que j’ai lu du rapport il me semble retrouver l’interventionnisme de l’Etat pour organiser Internet qui avait été celui de Teletel vingt ans plus tôt. Certaines idées sont en place comme le réseau scolaire (15, 16) d’autres ne sont toujours pas totalement en place comme une adresse email à pour chaque étudiant (24d) : certes ils ont une adresse, mais n’est utilisable que dans le réseau fermé de l’enseignement public. Enfin d’autres se sont réalisées au delà des recommandations (20, 21) comme le fait de donner un ordinateur aux étudiants.

Bref, un rapport que j’ai trouvé super intéressant, comme témoignage historique.

Par contre l’article du Monde m’a déplu. Il m’a surtout montré que les clichés et formules sensationnalistes qui m’agaçent aujourd’hui existaient déjà en 1998 : « devenu un boulet… danger que court la France en prenant du retard… « génie français » (écrit entre guillemets)… cri d’alarme… le pactole… la pirouette… la poule aux oeufs d’or… nous allons droit dans le mur… rien n’est moins sûr… » Et puis sur la fin de l’article « La tarification à la durée fait horreur aux internautes habitués à passer des heures, voire des nuits entières sur la Toile. ». Mais à l’époque on payait à la durée le RTC pour accéder à Internet, et déjà 15 ans plus tôt sur Minitel on était tout aussi agacés de payer à la durée, raison pour laquelle le RTC avait des adeptes face au 3615…

Merci Christian pour ce rapport !